lundi 30 juin 2008

Les Editions la Fabrique ou la haine d'Israël

Plusieurs auteurs de la maison d’Éric Hazan, déjà connue pour avoir publié L’Industrie de l’Holocauste repris par les négationnistes de la Vieille Taupe, se sont associés à Tariq Ramadan pour appeler au boycott du Salon du livre dont Israël était l’invité d’honneur. La Fabrique y était néanmoins présente, « non pour participer, mais pour résister à cette opération de falsification : honorer un État qui, sous couvert de démocratie, (...) pratique la punition collective à l’échelle de tout un peuple »,expliquait un tract distribué dans les allées.
Par David Reinharc

Michel Warshawski, dans son livre «Israël-Palestine, le défi binational», compare le modèle du Juif sioniste au «type aryen des affiches de propagande nazie». À droite : Éric Hazan.
Michel Warshawski, dans son livre «Israël-Palestine, le défi binational», compare le modèle du Juif sioniste au «type aryen des affiches de propagande nazie». À droite : Éric Hazan.
La Fabrique n’est pas un éditeur comme les autres. On lui doit, certes, quelques beaux textes, mais il publie moins des écrivains et des essayistes que des militants. La maison veut des livres ancrés politiquement mais sans jamais céder à aucun esprit de chapelle, sans être inféodée à aucun groupe ni parti. Les auteurs sont « de ceux qui remettent en cause l’idéologie de la domination ». Un éditeur sait qu’on ne peut publier un manuscrit qui s’intitulerait « Contre les Beatles ». Les admirateurs du groupe de rock, par définition, n’achèteraient pas le livre, tandis que ceux qui ne connaissent pas, ou mal, les Beatles s’en ficheraient. Ce qui est vrai pour les Beatles n’est pas juste pour Israël : ceux qui n’aiment pas Israël sont passionnés par l’objet de leur détestation. Parmi les membres du comité éditorial de La Fabrique, on trouve, entre autres, Eyal Sivan, cinéaste israélien inconnu en Israël mais dont le film Route 181, qui pose que les réservistes de Tsahal seraient les agents de la « banalité du mal », a été diffusé sur Arte. Et aussi Pierre Tévanian, animateur du site « Les mots sont importants », qui, en juillet 2005, lors d’une rencontre avec Dieudonné, dénonçait « les sionistes qui vous emmerdent ». Tandis que Dieudonné affirmait que « nous sommes esclaves d’un groupe d’individus qui ont le pouvoir », précisant qu’il s’agissait d’« un groupe guidé par une idéologie diabolique » – qui est ce groupe ? Pas les Juifs, bien sûr, mais les « sionistes » (on n’est même plus là dans la jouissance de l’implicite) –, Tévanian tentait une explication selon laquelle « les sionistes » ne sont pas nécessairement au sommet de la pyramide : juste « un rouage », « des chiens de garde ». L’association de Pierre Tévanian, comme le montre Caroline Fourest dans La Tentation obscurantiste (Grasset), est l’une des toutes premières organisations de gauche à avoir accolé son nom à celui de Tariq Ramadan au sein du collectif Une École pour tous. En fait, il suffit de lire la liste des signataires du Manifeste «Nous sommes les indigènes de la République!» pour retrouver, à côté du site islamiste Oumma.com, «Les mots sont importants», Pierre Tévanian, Éric Hazan et… Une École pour tous. Or qui sont, entre autres, les membres fondateurs de ce collectif ? Jeunes Musulmans de France, l’association des jeunes de l’Union des organisations islamiques en France (UOIF), dont le maître à penser est Hassan Iquioussen. Lequel, si l’on en croit Le Figaro qui a décrypté une cassette, fustige les « Juifs avares et usuriers », « le top de la félonie », accusés d’avoir fomenté un complot avec Hitler – la Shoah – pour justifier « l’occupation de la Palestine ». Mieux encore. Une École pour tous fait partie du mouvement Pro-Hijab. Cette coordination, démontre encore Caroline Fourest, ressemble étrangement au versant européen de la stratégie mise en oeuvre par le biais d’Une École pour tous. Le premier meeting de Pro-Hijab a été inauguré à Londres le 27 juillet 2004, avec la bénédiction du maire Ken Livingstone, par Tariq Ramadan et Youssef al-Qaradhawi, ce dernier déclarant quelques jours plus tôt sur Al-Jazira : « Il n’y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil. » Mais pour La Fabrique, si inviter un écrivain doit nécessairement impliquer des actions d’envergure, une telle déclaration n’entraîne aucunement de boycott. Et puisque La Fabrique était au Salon du livre, dont l’invité d’honneur est Israël, elle a présenté un débat hors salon : « Entre le Jourdain et la mer : deux États ? Un État ? », animé par Denis Sieffert, directeur de la rédaction de Politis. Voici ce qu’on pouvait lire dans Politis du 6 mars 2008 : « Israël devrait être depuis longtemps au ban des nations comme le fut en son temps l’Afrique du Sud de l’apartheid. » On apprend que « la barbarie est la règle » et Politis de citer un Juif – car cela « passe mieux sous la plume d’un juif que sous celle d’un gentil... » – qui prévient Israël : « Vous gagnez par les armes, mais la vague humaine vous submergera. »

Négation de l’Holocauste
Qu’édite La Fabrique ? Alain Badiou, le philosophe qui criminalise le mot « juif », Michel Warshawski, qui dénonce dans Israël-Palestine, le défi binational, le modèle du Juif exalté par le sionisme, « type aryen des affiches de propagande nazie », ou encore L’Industrie de l’Holocauste. Reflexion sur l’exploitation de la souffrance des Juifs, de Norman Finkelstein, livre abominable qui « dénonce de façon brève, provocante et passionnée, l’instrumentalisation de la Shoah » à des fins politiques et financières, réduisant en « casino de Monte-Carlo » le martyr des Juifs. Mais on n’atteint pas encore, ici, le degré suprême de l’infamie. Au même moment, très précisément, où Ilan Halimi est enlevé, torturé, et meurt,
Le stand de La Fabrique au Salon du livre. Sur un panneau, les cartes de « la Palestine du XXe siècle à nos jours ».
Le stand de La Fabrique au Salon du livre. Sur un panneau, les cartes de « la Palestine du XXe siècle à nos jours ».
après trois semaines de séquestration, à cause de ce
« mélange révoltant de motivation
crapuleuse et de haine des Juifs, qui prend sa source dans l’identification, en elle-même haineuse et meurtrière, des Juifs à l’argent » (Adrien Barrot), La Fabrique, qui n’est inféodée à aucun parti, et Daniel Bensaïd, théoricien de la Ligue communiste révolutionnaire,décident de rééditer un texte, nullement introuvable par ailleurs : La Question juive, de Marx. Un livre de jeunesse qui ne se contente pas de proposer de « rendre le Juif impossible » et de programmer l’éradication du judaïsme mais qui apporte des réponses : « Quel est le culte profane du juif ? L’agiotage. Quel est son Dieu profane ? L’argent. » Face à cet « effort intarissable dont nos contemporains sont capables pour rendre l’autre fou » (Barrot), on a juste envie de demander, avec Alexis Lacroix, auteur du Socialisme des imbéciles, que la gauche démocratique se désolidarise au plus vite de cette gauche radicale et de ses funestes compagnons de route, les intellectuels néga-sionistes. Car si ces derniers ne lui feront pas gagner les élections, une chose est sûre : ils peuvent lui faire perdre son âme.
D. R.



Article paru dans "Tribune Juive" N°36


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