vendredi 13 juin 2008

Entretien Jacques Attali

Propos recueillis par David Reinharc


Jacques Attali fut pendant prés de vingt ans – dans l’opposition puis à l’Elysée – le principal conseiller de François Mitterrand.
Dans un ouvrage qui vient de sortir chez Fayard : « C’était François Mitterrand », il livre ici et pour la première fois son jugement sur l’homme et son action.
C’était l’occasion pour nous de lui poser quelques questions pas forcément toujours très politiquement correctes mais qui, au moins, ont le mérite de nous interdire toute collaboration avec les écolos branchés qui font du vélo à Paris dans leur pépère rébellion par procuration à travers les « jeunes » - entendez : blacks et musulmans- barbares des banlieues.
Jacques Attali ne s’est pas défilé. Entretien.


David Reinharc : Quel rôle avez-vous joué auprès de François Mitterrand dans les conférences internationales traitant de la question du conflit israélo-arabe ?


Jacques Attali : Dans la période où j’étais à l’Elysée, il n’y avait pas de conférences internationales. Elles ont commencé bien après, c’est à dire à partir de 1993-1994, quand je n’étais plus à l’Elysée.
Donc, je n’ai joué aucun rôle.


D.R. : Je reformule ma question : avez-vous eu une influence sur François Mitterrand dans la gestion du conflit israélo-arabe ?


J.A. : Je vous dis qu’il n’y avait pas de conférences internationales.
Ma réponse est claire.


D.R. : A propos des évènements dans les banlieues, cela vous a t-il au moins surpris que fut transféré dans un pays laïc l’extinction de l’incendie à des instances religieuses ?


J.A. : Je ne vois pas pourquoi vous dîtes qu’on a transféré cela à des instances religieuses.
De quelle façon ?


D.R. : Par exemple, le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) ou l’ UOIF (Union des Organisations Islamiques) sont venus pour appeler les « jeunes » au calme…


J.A. : C’est normal. La communauté juive aurait pris partie si les violences avaient été déclenchées par quelques voyous juifs. Cela ne veut pas dire qu’il y a eu un transfert de compétences. La compétence appartient toujours à la République.


D.R. : Quelle bilan tirez-vous de cette flambée de violences ?


J.A. : J’en tire comme bilan que tout est un problème d’intégration sociale et d’emploi. Et aussi longtemps qu’ on ne fera pas vis à vis des communautés minoritaires les mêmes efforts qu’on a fait pour d’autres, le risque de violence est grand.


D.R. : Avez-vous été surpris de voir les grand quotidiens israéliens tels que le Haaretz ou le Yediot Aharonot titrer : « L’Intifada française a commencé » ?


J.A. : Ca n’a rien à voir. C’est absurde, évidemment.


D.R. : Sans doute est-ce absurde. Mais comment expliquer que les enfants issus de vagues migratoires pourtant plus récentes – prenons l’Asie, par exemple – ne soient pas sortis incendier les voitures ?


J.A. : Eh bien, j’espère que cela ne viendra pas. Mais si on fait des efforts d’intégration équivalents pour eux que pour les gens venus du Maghreb, on aura des problèmes équivalents.
C’est un problème d’effort d’intégration, ce n’est pas un problème d’origine ethnique.


D.R. : Il peut sembler que Nicolas Sarkozy, notamment avec la discrimination positive, a jeté aux profits et pertes l’idée de nation comme projet collectif, aventure commune autour d’un héritage, d’une langue et d’un territoire.
Dans le judaïsme, si le messianisme nous laisse confiant en l’avenir, reste que la Tradition relie toujours chaque juif au passé.
Le référendum du 29 mai (NDLR : le « non » à l ‘Europe) ne vous semble t-il pas comme une piqûre de rappel : la nation ne doit pas être abandonné ?


J.A. : Vous avez tout à fait raison mais je ne pense pas que Sarkozy abandonne la nation.
Je pense que la discrimination positive est extraordinairement dangereuse.
Elle est déjà en acte avec la loi sur la parité qui est une discrimination positive en faveur des femmes
Je suis pour ma part favorable à une discrimination positive temporaire, provisoire, qui durerait une dizaine d’années, de façon à accélérer les processus.
Mais il faut surtout éviter de l’institutionnaliser car ce serait, en effet, créer uns système à la britannique, ce qui est très dangereux.


D.R. : Quelle est votre opinion sur la volonté d’aménager la loi de 1905 ?


J.A. : La loi de 1905 , à mon sens, ne doit pas être aménagé au sens où il ne convient pas de créer les conditions pour que les musulmans aient ce que n’ont pas les autres.
Mais il faut créer les conditions pour qu’apparaisse dans la société musulmane une bourgeoisie qui, comme la bourgeoisie juive ou protestante ou catholique, a pu financer des lieux de culte.


D.R. : Vous contribuez pour le moins à l’Internet de développement puisque vous avez notamment fondé l’ONG Planet Finance.
En quoi selon vous Internet peut-il modifier les relations internationales et ne trouvez vous pas paradoxal que les alter mondialistes y aient trouvé leur terre promise ?


J.A. : Dans les alter mondialistes, il y a deux choses : les alter mondialistes et les anti mondialistes.
Les anti-mondialistes n’ont aucun intérêt à ce qui relie les hommes. Or l’Internet est une technologie qui réunit les hommes à très bas coup de transfert ou d’informations.
Donc c’est un outil qui peut servir aussi les anti mondialistes dans la mesure où ils veulent une autre mondialisation.
De ce point de vue, bienvenue dans le débat démocratique pour une autre mondialisation.



Entretien paru dans Israël Magazine N°59









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