samedi 31 juillet 2010

Nouveau livre de Josy Eisenberg ( humour ) : Mots de tête ( EDITIONS DAVID REINHARC )


Les dictionnaires de citations, les encyclopédies de jeux de mots, les livres de blagues ne manquent pas ! L’ennui, c’est qu’ils contiennent tous, à quelques différences près, les mêmes mots, les mêmes astuces, les mêmes blagues.

Josy Eisenberg, exège talmudiste, auteur d’ouvrages avec Elie Wiesel, Adin Steinsaltz ou Armand Abécassis, homme de télévision de forte notoriété, a repris des mots – et aussi dans des registres libertins, où l’on attendait guère un Grand Rabbin – pour provoquer notre imagination.

Prenez un mot de la langue. Lentement, patiemment, dévisagez son vocable. Et à la manière des talmudistes, créez à partir de ce mot une définition inédite et drôle.

Car l’hébreu possède une particularité : elle n’est constituée que de consonnes. Selon les voyelles – non écrites – qu’on leur ajoute, chaque mot, ou presque, peut prendre de multiples significations.
Toute lecture devient ainsi une permanente et imaginative gymnastique intellectuelle.

Le Grand Rabbin Josy Eisenberg fut accoutumé, dès son enfance, en lisant un mot, à lui attribuer simultanément plusieurs significations. Et, tout aussi naturellement, à en faire de même avec la langue française.
À la manière d’un psychanalyste, il a aussi couché sur son divan moult noms ou expressions pour décrypter leur inconscient.

Ce n’est pas une lecture, c’est une écoute.
Avec les yeux, on ne saisit que le sens littéral. Mais avec l’oreille, tout change. Elle entend autre chose que ce que voit l’oeil, et entendre est synonyme de comprendre. Ce livre est euphonique. Il ne faut pas lire les variations qu’il suggère : il faut presque les prononcer.
C’est la polysémie qui constitue la trame de ce livre qui le rend atypique et particulièrement drôle.

mardi 20 juillet 2010

ENTRETIEN ELIETTE ABECASSIS ( Jerusalem Post )


Jerusalem Post

«C'est l'enjeu de toute la vie de donner le bon poids à son père et à sa mère.»

ENTRETIEN ELIETTE ABECASSIS
Propos recueillis par David Reinharc.


Eliette Abécassis avait déjà écrit « Mon père », livre dans lequel elle tentait de percer le mystère de la relation père / fille. Dans « Un heureux évènement », elle démystifiait, avec férocité, la maternité.
Aujourd'hui, avec « Mère et fille, un roman », elle interroge le lien singulier qui unit deux femmes atypiques : Sonia Rykiel et sa fille, Nathalie. Une histoire d'amour, de possession, d'admiration et d'émancipation. Où la séduction, le désir sont le fil rouge de la relation et la féminité, un héritage.
A travers le destin de ces deux femmes, Eliette Abécassis interroge le rapport mère-fille, la maternité, la transmission.
C'est le texte littéraire de cette rentrée. Un récit pudique et subtil.
Entretien


- David Reinharc : Vous venez de sortir un livre : « Mère et fille, un roman » (Albin Michel) .
Pourquoi avoir choisi la couturière Sonia Rykiel et sa fille Nathalie pour parler des relations mère / fille ?

- Eliette Abécassis : Parce que ce sont deux personnalités très fortes, intéressantes, importantes, qui ont eu une relation passionnée tout au long de leur vie. Chacune de sa façon est fascinante. Sonia est un mythe, une icône, une femme très forte. Nathalie aussi, mais différemment. Elles représentent deux version de la séductions et du charme, l'une par le mensonge et l'autre par l'authenticité et la spontanéité. Leur histoire ensemble est une histoire d'amour sur toute une vie remplie de violence et de complexité comme toutes les relations entre les mères et les filles. Parce qu'elles évoluent dans l'univers de la mode, de la séduction, de la féminité, univers que je voulais explorer pour parler des relations mères-filles.

-David Reinharc : Existe t-il une différence de destin entre un couple mère-fille aschkénaze ( les Rykiel) et séfarade ( celui que vous formez avec votre mère) ?

- Eliette Abécassis : Je me suis projetée à travers elles. C'est, paradoxalement, un livre très personnel parce que j'ai recréé leur histoire. Il y a beaucoup de points communs entre les mères ashkénazes et les mères sépharades. Il y a vraiment une figure de la mère juive, qui est une mère extrême, dans son amour, sa relation fusionnelle, elle ne veut pas laisser échapper son enfant. On a beaucoup parlé de la relation de la mère juive à son fils mais moins à sa fille, et c'est tout aussi fort et terrible. La mère juive est une mère débordante et étouffante, et qui en même temps est tout entière dans la transmission. C'est à la fois beau et déchirant. Les mères ashkénaze sont sans doute moins dans la démonstration de leur amour mais elles n'en sont pas moins toutes puissantes.

- David Reinharc : La relation entre Sonia et Nathalie Rykiel est faite d'amour et de haine.
Quel est ce point de basculement à partir duquel, selon vous, ce que représente la mère n'est plus de l'ordre de la protection, même excessive, mais du danger ?

- Eliette Abécassis : C'est au moment où la fille grandit, et qu'elle doit partir construire sa vie, et devenir femme; et la mère, comme les sorcières ou les belles-mères dans les contes de fée, ne veut pas laisser sortir sa fille de son antre, de son ventre, elle préfère la garder comme une souillon à la maison plutôt que de lui donner la robe qui va la rendre femme. Il y a là en même temps de l'amour et de la rivalité, de la haine et de la violence.

- David Reinharc : Il y a dans votre livre une scène de passation de pouvoirs, au café Flore, où la mère se retire de l'entreprise qu'elle a créée pour laisser la place à sa fille.
Dans le judaïsme, nous devons « respecter » nos parents, littéralement en hébreu, leur donner du « poids » (kabèd). Sonia Rykiel n'est -elle pas trop lourde à porter pour sa fille ?

- Eliette Abécassis : "Respecte ton père et ta mère", en effet littéralement, serait "lourds ton père et ta mère". Leurs poids est lourd. Il y a un moment où la relation s'inverse et c'est la fille qui s'occupe de la mère vieillissante. Pour la fille il n'est pas question de tuer la mère comme on tue le père, parce qu'il y a trop de culpabilité et d'identification. C'est l'enjeu de toute la vie de donner le bon poids à son père et à sa mère.

- David Reinharc : Nathalie dit qu'elle a passé sa vie a essayé d'être elle même, « sortir » de sa mère pour pouvoir exister. Sonia, une personnalité très forte, a-t-elle permis, selon vous, à sa fille d'échapper à la répétition mortifère de l'histoire parentale pour prendre sa place dans la généalogie, une place différente de celle de sa mère ?

-Eliette Abécassis : Sonia lui a transmis tout ce qu'elle pouvait, une histoire familiale en même temps que la créativité et l'empire qu'elle a construit, en partant de rien, et qui est aujourd'hui le seul groupe de mode familial indépendant. Mais il a fallu que Nathalie s'empare du pouvoir, en montrant qu'elle en était capable, puisque si la marque perdure aujourd'hui c'est grâce à elle.

- David Reinharc : Comment selon vous un enfant doit-il donner du poids, de la reconnaissance, de la gratitude à ses parents, les « remercier » pour se délivrer d'un amour qui se refermerait sinon sur lui ?

- Eliette Abécassis : Il doit sortir de l'amour fusionnel pour être lui-même, prendre de la distance pour les aimer librement, leur pardonner. Qu'on les aime trop ou qu'on les déteste, on est toujours prisonniers de ses parents. Leur donner du poids c'est leur donner le bon poids.

- David Reinharc : Vous montrez dans votre livre la rivalité entre le travail de création artistique et la maternité.
Peut-on dire que la production artistique ou la maternité servent aujourd'hui de refuge aux femmes pour exprimer leur féminité ?

- Eliette Abécassis : La littérature en effet, est pour moi en tous cas, une exploration de la féminité, c'est précisément ce que j'ai voulu faire dans ce livre. La maternité, c'est plus difficile, parce que la maternité va à l'encontre de l'image que l'on se fait de la féminité aujourd'hui où les femmes doivent être très minces et indépendantes. La relation entre maternité et féminité n'a jamais été aussi problématique.

- David Reinharc : Aujourd'hui, on est très fier d'avoir aboli toutes les hiérarchies traditionnelles pour ne parler que le langage du coeur.
Êtes-vous agacé par l'usage désormais constant de « maman » ( la « maman » de Kafka, etc.) faisant oublier aux « mamans » qu'elles sont aussi des mères ?

- Eliette Abécassis : Oui c'est un problème qui commence très tôt, et qui fait que nous avons des enfants tyrans qui ne respectent plus du tout leur parents mais qui leur dictent tout. Les parents sont très désemparés aujourd'hui face à l'éducation de leurs enfants, qui les dominent.